L'Auteur(e)

La naissance de l'écriture

par Sophie Lannefranque

Comme les indiens, je trouve la parole sacrée. Dire, se dire, c’est exister comme être « libre », au sein d’une communauté, la respecter, lui donner un sens, oeuvrer à son évolution, peut-être, en tant qu’acteur.

Agir avec sa parole, prendre la parole, prendre part, parti ( prendre à parti ? ) pour participer.

 

L’ennui avec la parole, c’est qu’elle fuit, s’enfuit. Aussitôt dite, aussitôt enfouie.

J'ai toujours écrit pour le théâtre.
Comédienne de formation, je ne peux concevoir la littérature sans son
incarnation. Sans les voix, les corps d’acteurs en scène, mis à nu dans l’instant brûlant, face à la salle. Sans lui, le public, cet hydre de Lerne aux multiples visages tous ensemble tournés vers la scène où il se contemple et voit son propre monde. Un échange semblable à nul autre.

Depuis quelques années, je me tourne vers des formes autres que l’écriture dramatique (conte, poésie, récits, chansons, scénarios) afin de multiplier les angles d’approche de la matière textuelle.
J’en aime aussi les mélanges créateurs. J’aime
malaxer une langue faite de multiples sources, débordant des cadres, se régalant de matériaux nouveaux.

Cheminement

Musique

Je mène fondamentalement, dans l’écriture, une recherche musicale et sonore afin de produire, chez ceux qui l’entendent, non seulement un sens mais un son, des résonances, un certain type d’énergie, un impact physique. Je m’attache à créer cette musicalité spécifique à travers les sonorités, les rythmes, les vibrations et percussions des mots.

Que son et sens s’accompagnent, se croisent, se choquent, se relaient, ouvrant le champ infini des possibles de la langue.

Trans(formations)

Trans(missions),

Depuis une vingtaine d'années, j'ai eu l'occasion de pratiquer l'écriture avec des publics très différents. Stages courts ou longs, ateliers hebdomadaires, marathons ou week-ends de découverte m'ont permis d'aborder et de visiter le territoire ÉCRIRE au moyen de techniques ludiques.

 

Je travaille à partir de consignes d'écriture simples afin de provoquer l'écrit, de “lâcher les doigts” et les mots. Je m'attache à diversifier les propositions de formes afin d'ouvrir les champs imaginaires, de permettre aux écrivains en herbe de découvrir des contrées d'eux-mêmes jamais abordées plutôt que de se réfugier dans leurs sujets et formes de prédilection. Cela permet à chacun d'explorer une diversité dans laquelle il trouvera matière à faire un véritable choix.

J'utilise des matériaux (photographies, articles de journaux, objets) pour stimuler, surprendre.

 

Je tâche d'aider chacun à définir ce qu'il veut réaliser puis à le construire, évitant tout dogmatisme mais posant des règles de travail claires afin de cadrer la recherche.

 

L'essentiel n'est pas d'apprendre comment écrire car les méthodes sont infinies et discutables mais de trouver le plaisir de “jouer avec les mots” afin de transmettre aux autres, sans peur, un petit morceau singulier de sa vision du monde.

 

Sophie Lannefranque

Commandes d'écriture

de Sophie Lannefranque

  • Bonsaï, 2015

Œuvre dramatique. Pour la compagnie Grus Grus Teatteri (Finlande.) Mise en scène de Ville Kurki /hiver 2016.

  • Souffle, 2013

Scénario théâtral. Pour la compagnie le cRi. Mise en scène de William Barbiéri.

  • Le bonheur… et vous ?, 2013

Textes écrits pour la compagnie des guêpes rouges. Mise en scène Rachel Dufour.

  • Comment Karl Kraft s’est coupé en morceaux et ce qu’il a fait de son âme, 2011

Commande du groupe des 20 (Rhône-Alpes) pour « Saut en auteurs. » Texte sélectionné. Mise en scène compagnie du bonhomme (Lyon). Mise en scène : Thomas Poulard.
Publié chez Color gang.

  • Gogo, 2005

Théâtre musical. Pour la compagnie le cRI en résidence au Sémaphore de Cébazat (2007-2011.)

  • Histoires en Post-It, 2005

Pour le théâtre de Romette. Mise en scène : Joanny Bert.

Publié chez Color Gang

  • Gimmick, 2003

Pour le CDN de Saint Etienne.

Création du CDN en 2003 dans les collèges et lycées

Publié chez Lansman

  • Tourisme, 2003

Pour la énième compagnie. Mise en scène : Jean-Philippe Salério.

Publié chez Crater.

  • Dans l’Après Rire, 2002

Pour la compagnie le Cri. Mise en scène Natalie Royer.

Cd-livre illustré c/o Théâtre du Cri.

  • Encore Merci, 2001

Pour Dominique Lardenois

et 12 élèves comédiens, Centre culturel de Feyzin.

  • Embouteillages, 2000

Textes pour le théâtre du Festin. Mise en scène : Anne-Laure Liégeois.

Publié chez Théâtrales (recueil)

  • Je ne suis pas Heiner Müller, 2000

Pour la Compagnie Scènes. Mis en scène : Philippe Vincent.

Publié chez Entre 2 M.

  • Encouragement(s), 1999

Pour la Compagnie des Lumas. Mise en scène d’Eric Massé.

Lecture théâtrale par le Théâtre Niveau parking

(Québec) en 2001.

Publié chez Crater.

  • AH, 1998

Pour Roland Fichet et “le chaos du nouveau”.

Mise en scène d’Annie Lucas.

 

 *Bourse d’aide à l’écriture de la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2016
*Bourse du CNL (1997/2001/2006) et de la DMDST (2001/2004/2006).

Elle a effectué deux résidences à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon, en 1998 et 2000 .

Sophie Lannefranque propose de nombreux ateliers d’écriture, vers tous les publics.

Résidence d'écriture

Centre national des écritures du spectacle de Villeneuve les Avignon

"ETRE OU NE PAS «  (titre provisoire »)

Ce monologue est une commande de la compagnie Les Passeurs dans le cadre du projet « Héroïnes ». Autres auteurs associés au projet : Sabine Tamisier et Dominique Richard. Cette écriture, sur le thème du travail, sera associée à plusieurs rencontres et ateliers d’écriture et de parole dans des entreprises.

« C’est une femme que sa propre langue semble fuir, pour mieux l’éviter. Une parole comme un incessant labeur, vouée à construire des édifices toujours plus complexes pour maintenir l’illusion spectaculaire de sa propre vie. »

S. Lannefranque

Sophie Lannefranque a obtenu une bourse d’aide à l’écriture de la région Auvergne Rhône-Alpes en 2016.

Méthodes,  approches

Au commencement d’écrire, il y a : l’endroit d’où ça parle.  Comme s’il  fallait, chaque fois, rejoindre quelque chose, un lieu, une atmosphère. Comme si les personnages mêmes devaient être débusqués, saisis, écoutés.

 

Et il y a l’inconscient. Toujours. Quelque part tapi. Il faut lui faire place, accepter qu’il révèle sa folie, sa sauvagerie, ses blagues absurdes. Ainsi, l’écriture peut aussi m'échapper, laissant apparaître, au détour d’un mot, une idée que je n’attendais pas, illogique peut-être,  bousculant ma volonté même. Il me faut alors recueillir cette étrange averse.

 

Le dialogue entre l’intention et l’abandon crée des échanges, des combinaisons, un enrichissement. Cela demande de varier les méthodes, de remuer le fond des textes comme le fond des mers, de se laisser « être écrit ». Traversé.

 

La langue est corps, elle est vivante, elle remue. Elle doit rester une matière en mouvement. Je considère l'écriture comme un chantier infini d'expérimentation, un site archéologique intarissable. Chaque texte est ainsi l’origine d’une expérience que je m’attache à traverser de toutes mes sensations pour mieux la transmettre.

Ecrire c’est rejoindre un lieu disparu et en revenir avec son souvenir.

 

C’est honorer une mémoire, servir une parole à laquelle on croit.

 

C'est se respecter soi-même devant les autres.

 

C’est vouloir les atteindre, les aimer.

 

C'est un acte d’humanité.

A peine avons-nous le temps de nous entendre, de nous comprendre. Les mots filent, obscurs, infidèles. Point d’arrêts sur langage.

Là où la parole s’emballe, l’écriture se pose. Repose. Se laisse regarder jusqu’au fond des yeux. L’écriture peut être prise comme le temps, le temps que l’on choisit pour l’approfondir. L’écriture s’engage à rester. A durer. Plantée là.

Geste courageux dans un monde d’inventions à la vie courte. Geste gonflé, vantard, timide, marginal. Geste seul, secret. Geste profond.

 

A travers l’écriture, je construis ma propre durée pour mieux sentir, penser. Être.

 

Certes, on peut toujours trahir, les mots écrits comme les mots dits, ramener à soi, fanatiser, réduire. Mais l’Art de lire demeure rare, exige. Il invite à questionner, offre le détail, creuse avec délectation et sans fin les somptueuses forêts de la langue.

du 7 au 23 mai 2018